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La Transition

23 Mars 2013 , Rédigé par A.B. Publié dans #reflexions, #3615 mon protocole

"Ah, mais c'est qu'il n'écrit plus sur son blog, l'autre là, qui ne retire pas ses écouteurs, comme on enlevait son chapeau d'antan, lorsqu'il passe devant un écailler".

Eh non, il n'écrit pas. Rien de définitif à tout cela; il ne se passe plus rien avec le crabe.

Ma chimiothérapie commence mercredi. J'ai le bon goût de ne regarder sur Internet ni les témoignages, ni les chances de réussites, ou de survie en cinq ans; on verra bien.
Côté symptômes, ça gratte un peu, parfois beaucoup. Les sueurs nocturnes sont impressionnantes. Le ganglion sus-claviculaire fait un bon petit 90B. Les corticoïdes empêchent la fièvre de monter. Je suis fatigué, mais parviens à avoir une activité intéressante. Je fais des rêves "positifs" (où je me vois, plus tard, effectuer l'activité que je souhaite, ou entouré de gens que je convoite).

Bref, c'est le calme plat avant la tempête du nouveau protocole.

Étrangement, j'ai l'impression que le plus dur à été fait. La panique du diagnostique, la panique des dates ("Aurais-je la possibilité de poursuivre en parallèle mon année scolaire, docteur?"), la paniques du report des dates: ("Aurais-je malgré tout la possibilité de poursuivre?"), puis du report du report: ("Ai-je la moindre chance de poursuivre une année scolaire?") pour arriver au report du report du report, c'est-à-dire à la racine de la question: "Ai-je la moindre chance?"

Cette question est posée. La réponse est que oui, j'ai une chance. Il n'y aura sûrement plus de protocoles aussi terribles que ceux par lesquels je suis passés, le BEACOPP et le DHAP tenant apparemment, pour les Hodgkins, le haut du panier. Ainsi, même si j'ai moins de chances, leur effeuillage se passera dans la douceur, et ce n'est pas plus mal.

Le pire est passée parce que la lutte avec le désespoir est passée, parce que le dénie du pire est passé; je suis dans l'expérimental, le pire auquel un patient puisse prétendre, et le désespoir n'est finalement rien que le dénie. Se débarasser de l'un, c'est se débarasser de l'autre.

J'aborde tout cela avec tant de sérénité qu'aux deux derniers examens médicaux, je me suis endormi.

Il est vrai, cependant, qu'au milieu de ces deux là, s'en est trouvé un où, sous perf', je n'ai pas pu desserrer les dents que cela m'arrive, à moi, et pas à ce con de X que est si minable que ma vie vaut bien mieux que la sienne - et là, dans votre salle aseptisée, vous vous dîtes qu'en plus d'entre cancéreux, vous êtes un gros con, et votre révolte, ne sachant à quoi s'attaquer, s'attaque à votre maladie et à votre bêtise.

Ça nettoie.

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