Post-autogreffe: J8.
Non, je n'ai pas grand chose à raconter, mais voilà quelques jours que j'ai fui la chaleur étouffante de la ville pour me rendre à la campagne, et à la campagne, tout à coup, on a beaucoup, beaucoup de temps, pour dire ça poliment.
J'ai enfin trouvé la manière d'aller mieux, de ne plus avoir de nausée. Je ne prends plus mes médicaments. Si d'ici quatre jours je n'écris pas depuis le service des Urgences, vous n'avez pas vraiment le droit de penser, même tout bas: "C'est con". Peut-être est-ce parce que je me sens mieux que je me permets de ne plus prendre des médicaments qui, je crois, m'agaçaient l'estomac.
Sinon, dans la famille: "Demandez à Dieu, pas à ses saints", je voudrais l'arrière-arrière-arrière petite fille. J'ai appelé, avant de quitter la ville, pour savoir quand je retrouverai le goût des aliments. Il est en effet assez délicat de retrouver l'appétit quand on reconnaît le Coca de l'eau grâce aux bulles uniquement. L'infirmière, seule en ce week-end, m'a répondu d'aplomb que ça pouvait prendre du temps, plusieurs mois, si la mucite avait été grave. J'ai eu une mucite stade IV, je lui ai signalé, elle m'a dit qu'il fallait compter sur plusieurs mois, j'ai fait répéter, elle a répété, j'ai remercié.
Trois jours après, voilà que j'ai retrouvé l'intégralité de mon goût.
J'aimerais beaucoup passer mon diplôme d'infirmier pour pouvoir dire un peu ce qui me plait, tant que c'est au conditionnel.
"Excusez-moi, le Melphalan est vraiment si émétisant?
- Ca dépend vraiment des gens."
Vous répétez vous, vous raclant la gorge au dessus de la cuvette, quelques heures plus tard.
"Excusez-moi, mais à quoi servent ces cotons tiges?
- A vous brosser les dents. Avec la chimiothérapie, vous allez saigner des gencives. C'est dangereux."
Vous répétez vous plusieurs mois plus tard, lorsque vous vous brossez toujours les dents à la brosse à dent normale, parce que vous avez appris qu'il n'y a pas "la chimiothérapie", mais des centaines de protocoles différents, et que le vôtre, l'ABVD, ne fait ni descendre les plaquettes, ni ne provoque de mucite, et que vos gencives sont donc tout à fait normales.
"Excusez-moi, c'est bien le protocole BEAM, que j'ai, pour mon autogreffe?
- Ah, aucune idée, j'ai pas le protocole sous les yeux"
Vous répond-elle alors qu'elle place, pour le quatrième jour de suite, l'Arabicine sur votre arbre à perfusion.
Rha, j'ai failli oublié la meilleure, la culte, la plus belle et la première. Je situe. Il est six heures du matin, nous sommes dans un grand hôpital, service des Urgences. J'y suis depuis 23h, la veille. D'abord étonné que j'ose me présenter uniquement à cause de tachycardie et de fièvre, il s'avère que le scanner qu'on m'a concédé prouve une grosse masse tumorale. Le service s'étonne moins de me voir là, on m'allonge même sur un brancard, je deviens un cas sérieux. Moins choqué par la diagnostic que franchement fatigué par une nuit à expliquer que non, je ne suis pas angoissé, mais que oui, mon coeur bat beaucoup trop vite, je demande un somnifère, histoire de pouvoir dormir un peu dans le vacarme des Urgences matinales. Et là, réponse superbe du médecin qui vient de m'annoncer ce qui s'avèrera être treize mois de chimiothérapies:
"Ah non, sinon, vous allez décaler votre sommeil."