Premier article, pré-début du DHAP
Bonsoir,
Je débute ce blog pour que ma parole puisse s'épanouir librement, loin de toute modération, et de toute limitation. La maladie est une chose crue; soyons-le aussi.
J'ai 21 ans. Un Hodgkin scéro-nodulaire en phase II, tumeur de 10 cm. J'ai résisté au traitement ABVD (4 cures), j'ai été sensible au BEACOPP (rémission partielle en 2 cures, puis résistance au 2 suivantes). Il est donc décidé que je commence 2 cures de DHAP à partir d'après-demain, puis une autogreffe, puis les rayons. Ca va bronzer.
Mon cas peut paraître atypique. Mais beaucoup d'entre nous (je dis: "nous", parce qu'il y a sept mois, avant le diagnostique, jamais idée ne me serait venu d'aller vaquer au blog d'un cancéreux, et je n'aurais rien compris à tout ce charabia médical du paragraphe précédent); beaucoup d'entre nous, disais-je, savent que "chaque cas est unique" (n'avez-vous pas entendu votre médecin référent vous répéter cela comme un oracle, un oracle frappé par cette même parole d'une inutilité gênante)? Nous sommes d'ailleurs beaucoup, je crois, à avoir abandonnés l'idée d'être guidés, dans nos espoirs ou dans nos actes, par les pourcentages; que signifient 15% de chance de rechute, ou 85% de chance de guérison avec l'ABVD, lorsqu'on contracte une maladie qu'a une personne sur 20.000?
Il est de bon ton, lorsque l'on ouvre un blog, de se justifier; pourquoi raconter ce qui m'arrive, plutôt que de me taire, pourquoi raconter mes péripéties de cancéreux, plutôt que de les subir en silence, ou de les confier à mes proches?
D'abord, parce que nos proches nous soutiennent morale, et physiquement. Jamais ils ne pourront avoir la sensation d'un grippage ou d'un dégrippage, l'humiliation d'être tenu en laisse par un arbre à perfusion, et je ne souhaite pas m'épancher sur ces sujets avec eux. Nos proches vivent notre maladie comme nous, et nos souffrances physiques n'est pas pire que leur impuissance devant elles.
Ensuite, si j'écris aujourd'hui ce blog, si je le crée, et compte le poursuivre, c'est - il faut l'avouer - à une fin thérapeutique; mettre en place mes idées, les écrire, et me confier à cette ardoise magique qu'est l'écran, m'aidera peut-être dans la phase peut réjouissante que je vais connaître. Ensuite, par désir que l'un d'entre vous, peut-être, se dise qu'il n'est pas seul à avoir eu telle pensée, tel acte, tel envie.
Cela m'a soulagé lorsque je comprenais quelqu'un qu'à l'outre bout de web, je ne connaissais pas. J'espère que me lire, vous soulagera autant que moi, de vous écrire.