Pan! Une citation littéraire.
Si ça vous a échappé, je suis minable; vous êtes ici sur le blog d'un cancéreux qui, s'il cultive les cellules tumorales actives et inactives dans son potager médiastinal, n'en est pas moins littéraire.
La citation, frères cancéreux (je parle aux hodgkiniens, les autres, vous êtes un peu comme des cousins qu'on est gênés de voir trop souvent) est tirée de L'Immoraliste d'André Gide.
"Volontiers j'attribuais ma première hémoptysie à une cause différente; ou plutôt, à vrai dire, je ne l'attribuais à rien, évitais d'y penser, n'y pensais guère, et me jugeais, sinon guéri, du moins près de l'être... Je lus la lettre; je dévorais le livre, les traités. Brusquement, avec une évidence effarante, il m'apparut que je ne m'étais pas soigné comme il fallait. Jusqu'alors je m'étais laissé vivre, me fiant au plus vague espoir; brusquement ma vie apparue attaquée, attaquée atrocement en son centre. Un ennemi nombreux, actif, vivait en moi. Je l'écoutai; je l'épiai; je le sentis. Je ne le vaincrais pas sans lutte... et j'ajoutais à mi-voix, comme pour mieux m'en convaincre moi-même: c'est une affaire de volonté.
Je me mis en état d'hostilité.
Le soir tombait: j'organisai ma stratégie. Pour un temps, seule ma guérison devait devenir mon étude; mon devoir, c'était ma santé; il fallait juger bon, nomme Bien, tout ce qui m'était salutaire, oublier, repousser tout ce qui ne guérissait pas."